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L'infantisme, ce mot qui change le regard sur l'enfant

L'infantisme désigne les préjugés ordinaires envers les enfants, du seul fait qu'ils sont des enfants. Comprendre ce concept, c'est commencer à regarder l'enfance autrement.

Juillet 2026 · 6 min

Il existe un mot pour nommer une chose que nous faisons tous, souvent sans nous en rendre compte : ne pas prendre les enfants tout à fait au sérieux. Ce mot, c'est l'infantisme. Il est encore peu connu en France, et pourtant il éclaire beaucoup de nos habitudes.

De quoi parle-t-on

L'infantisme désigne un ensemble de préjugés et de discriminations dirigés vers les enfants et les adolescents, uniquement en raison de leur statut d'enfants. Ce n'est pas de la maltraitance au sens habituel. C'est plus diffus, plus ordinaire : une manière de considérer les jeunes comme un peu moins compétents, un peu moins dignes d'être écoutés, un peu moins des personnes à part entière.

Le terme vient du mot anglais childism, étudié aux États-Unis depuis les années 1970. En France, la pédopsychiatre et sociologue Laelia Benoit l'a introduit dans un essai, Infantisme, paru au Seuil en 2023, et elle en parlait récemment dans le podcast Les Adultes de Demain. Sa remarque de départ est simple : avoir un mot pour décrire quelque chose permet de le penser plus clairement, et donc de commencer à le changer.

Pourquoi un mot compte

Tant qu'un comportement n'a pas de nom, il reste invisible. On ne le voit pas, donc on ne le questionne pas. Nommer l'infantisme, c'est comme nommer d'autres formes de préjugés avant lui : cela rend visible ce qui allait de soi.

Et ce qui allait de soi, c'est souvent une petite phrase. "Il est trop petit pour comprendre." "Ce ne sont pas tes affaires." "Tu diras ce que tu penses quand tu seras grand." Prises une à une, elles semblent anodines. Mises bout à bout, elles dessinent une idée tenace : l'enfant serait un adulte en attente, pas encore vraiment une personne.

Le renversement de regard

C'est exactement là que se joue notre travail. Prendre l'infantisme au sérieux, ce n'est pas culpabiliser les parents, qui font de leur mieux avec ce qu'on leur a transmis. C'est proposer un autre point de départ : l'enfant est une personne, maintenant, entière, capable de ressentir, de penser, de comprendre à sa mesure.

Cette idée n'est pas neuve. Il y a plus d'un siècle, la pédagogue Charlotte Mason écrivait déjà que les enfants naissent personnes. Ce que le concept d'infantisme ajoute, c'est un miroir : il nous montre les mille façons dont, sans le vouloir, nous l'oublions.

Ce que cela change concrètement

Reconnaître l'enfant comme une personne ne veut pas dire tout lui permettre. Un cadre reste nécessaire, une exigence aussi. Cela veut dire lui parler vraiment, écouter son avis même quand il dérange, expliquer plutôt que d'imposer par principe, et se méfier de cette étiquette commode d'enfant tyran qu'on colle un peu vite dès qu'un enfant a une volonté propre.

Laelia Benoit note d'ailleurs une difficulté particulière de ce combat : on ne reste pas enfant toute sa vie. Devenus adultes, beaucoup oublient comment ils étaient traités, et reprennent à leur tour le rôle qu'ils ont vu jouer. Sortir de l'infantisme demande donc un petit effort de mémoire : se souvenir de l'enfant qu'on a été, et de ce dont il avait besoin.

Le lien avec nos livres

Cette conviction est le fil rouge des Petits Vivants. Nos livres sont écrits du point de vue de l'enfant, avec un vrai soin de la langue et des histoires qui ne le prennent jamais de haut. Nous partons du principe qu'un enfant à qui l'on donne de grandes histoires, de belles images et un vrai respect, apprend mieux et plus profondément.

L'infantisme est un mot un peu austère pour une idée très douce : et si nous regardions nos enfants comme des personnes, tout simplement ? C'est le petit déplacement de regard qui change tout le reste.

Pour aller plus loin : Infantisme, de Laelia Benoit, aux éditions du Seuil, et l'épisode qui lui est consacré dans le podcast Les Adultes de Demain.