Il veut choisir ses vêtements, l'ordre des choses, le chemin pour aller à l'école. Il ne supporte pas l'imprévu, il refuse qu'on décide à sa place, une petite contrariété peut tourner à la grosse crise. On l'appelle parfois, à voix basse, l'enfant tyran. Et si on changeait de regard ?
Un enfant qui a besoin de tout contrôler n'est pas un enfant qui vous défie. C'est le plus souvent un enfant qui a peur. Le contrôle est sa façon à lui de rendre le monde prévisible, donc supportable.
D'où vient ce besoin de contrôle
Derrière un comportement difficile, il y a presque toujours un besoin. C'est l'un des principes clés de la psychologue Isabelle Filliozat : accueillir ce que vit l'enfant avant de corriger ce qu'il fait.
Le besoin de contrôle cache souvent :
- une anxiété, un besoin de savoir ce qui va arriver pour se sentir en sécurité,
- une hypersensibilité, quand trop de stimulations rendent l'imprévu insupportable,
- une grande rigidité au changement, fréquente chez certains enfants au fonctionnement atypique, notamment les profils TSA ou à haut potentiel.
Dans tous les cas, ce n'est pas un caprice. C'est une stratégie, maladroite mais logique, pour ne pas se sentir débordé.
Ce que la science nous apprend
Voici la bonne nouvelle. Le besoin de contrôle n'est pas un défaut à mater, c'est une force à canaliser. La chercheuse Angeline Lillard, qui a passé plus de vingt ans à étudier la pédagogie Montessori, montre que le sentiment de contrôle et la possibilité de choisir favorisent l'apprentissage et l'attention de l'enfant.
Autrement dit, un enfant qui a besoin de maîtriser est un enfant qui, si on lui donne de vraies prises sur son monde, peut devenir concentré, autonome et confiant. Le travail n'est pas de lui retirer le contrôle, c'est de lui apprendre à le partager.
Comment l'accompagner, en douceur
Quelques pistes simples, à adapter à votre enfant :
- Offrir des choix cadrés. Plutôt que de tout imposer ou de tout laisser, proposer deux options qui vous conviennent toutes les deux. L'enfant garde une prise, vous gardez le cadre.
- Rendre le monde prévisible. Annoncer ce qui va se passer, prévenir des changements, utiliser des repères visuels. Moins d'imprévu, moins de crises.
- Nommer l'émotion sous le comportement. "Tu voulais que ce soit toi qui décides, et ça t'a fait très en colère que ce ne soit pas le cas." Nommer, c'est déjà apaiser.
- Ne pas entrer dans le rapport de force. Le bras de fer nourrit l'angoisse. La fermeté douce la calme.
Et surtout, lui redire ce qui compte le plus : il n'est pas trop, il n'est pas méchant, il a le droit d'être lui. Le message qui répare, c'est celui-là. Tu es assez.
Une histoire qui l'aide
Parfois, les mots passent mieux quand ils sont racontés. C'est tout le sens de notre album C'est moi qui décide, avec Axel. Axel veut faire tout seul, choisir, dire non. L'histoire accompagne ce besoin d'autonomie avec tendresse, sans jamais faire la leçon, en se plaçant du point de vue de l'enfant. Il vit une aventure, et quelque chose se dénoue en lui sans qu'on ait besoin de le lui expliquer.
Si votre enfant vit aussi les émotions très fort, notre album Tout me touche trop fort, avec Élise accompagne l'hypersensibilité avec la même douceur.
Un enfant qui veut tout contrôler n'a pas besoin qu'on le brise. Il a besoin qu'on le comprenne, qu'on lui donne de vraies prises, et qu'on lui dise qu'il est assez. Le reste, il le fera lui-même.