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Et si l'enfant apprenait seul ?

L'enfant n'attend pas qu'on lui enseigne pour apprendre : il marche, il parle, il explore, poussé par un moteur interne. Ce que Peter Gray, John Holt et André Stern nous disent de cet élan, et pourquoi notre rôle n'est pas de le remplacer.

Mai 2026 · 8 min
Et si l'enfant apprenait seul ?

Posons la question à l'envers de l'habitude. Nous croyons qu'un enfant apprend parce qu'on lui enseigne. Mais avant la moindre leçon, avant la première maîtresse, il a déjà accompli les apprentissages les plus vertigineux de toute une vie : marcher, parler, comprendre une langue entière. Personne ne lui a fait de fiche. Personne ne l'a noté.

Alors une question honnête se pose. Et si, bien plus souvent qu'on ne le pense, l'enfant apprenait seul, à condition qu'on lui en laisse la place ?

L'enfant n'attend pas la permission d'apprendre

L'enseignant américain John Holt a passé des années dans des salles de classe à observer non pas comment les enfants échouent, mais comment ils apprennent. Sa conclusion, radicale à l'époque, tient en une phrase : l'enfant est une machine à apprendre qui tourne en permanence, et l'école, trop souvent, la ralentit plus qu'elle ne l'aide. Holt a même forgé un mot pour désigner l'apprentissage sans école imposée : le unschooling.

Son idée n'est pas que l'adulte est inutile. Elle est que l'apprentissage ne se transvase pas. Il se construit de l'intérieur, par celui qui apprend, ou il ne se construit pas vraiment. Un enfant qui récite sans comprendre n'a rien appris, il a rangé quelque chose qu'il oubliera. Un enfant qui a cherché, buté, recommencé et trouvé, lui, sait pour de bon.

Le jeu n'est pas une pause, c'est le travail

C'est le psychologue Peter Gray qui l'a montré avec le plus de force : le jeu libre, celui que l'enfant décide et dirige lui-même, est le premier outil d'apprentissage de l'espèce humaine. En jouant, l'enfant apprend à décider, à négocier, à gérer sa peur, à réparer une règle, à tenir un rôle. Rien de tout cela ne s'enseigne au tableau.

Et Gray pointe une corrélation qui devrait tous nous arrêter. Depuis un demi-siècle, dans les pays développés, le temps de jeu libre des enfants s'est effondré. Sur la même période, l'anxiété et la dépression des jeunes ont explosé.

5 à 8 foisplus de jeunes présentent aujourd'hui les signes d'une dépression ou d'un trouble anxieux qu'il y a un demi-siècle, une hausse que Peter Gray relie au recul du jeu libre.
Priver un enfant de jeu libre, ce n'est pas lui faire gagner du temps sérieux. C'est lui retirer son principal moyen d'apprendre à vivre.

L'enthousiasme, engrais du cerveau

André Stern, lui, n'est jamais allé à l'école. Pas un jour. Il a grandi porté par ses passions, et il en a fait le cœur de sa réflexion : l'enfant apprend puissamment ce qui l'enthousiasme, et faiblement ce qu'on lui impose sans désir.

Un enfant totalement plongé dans une activité qu'il a choisie, mains occupées, regard concentré, dans un coin de maison

Ce n'est pas qu'une jolie intuition. Stern s'appuie sur le neurobiologiste Gerald Hüther, pour qui l'enthousiasme agit comme un engrais sur le cerveau : quand un enfant s'émerveille et s'investit pleinement, son cerveau libère les substances qui favorisent l'ancrage de ce qu'il vit. Ce que l'on apprend dans la joie s'inscrit. Ce que l'on subit dans l'ennui glisse.

Faire confiance, concrètement

Attention, apprendre seul ne veut pas dire grandir sans nous. L'enfant a besoin d'un adulte présent, et surtout d'un environnement qui donne à explorer, un sujet dont je parle ailleurs, dans notre regard sur le cadre riche. Notre rôle change simplement de nature : moins montrer, plus rendre possible.

Concrètement, cela ressemble à peu de choses, et c'est ça le plus déroutant :

  • laisser un vrai temps sans activité prévue, sans écran, où l'ennui devient moteur
  • offrir de la belle matière à portée de main, des livres, des objets, de la nature
  • répondre aux questions sans étouffer la recherche sous la réponse toute faite
  • résister à l'envie de corriger tout de suite, pour laisser l'enfant trouver

Rien de spectaculaire. Juste un déplacement du regard : cesser de voir l'enfant comme un vide à combler, et commencer à le voir comme une force déjà à l'œuvre.

Notre parti pris

Nous ne prétendons pas qu'il faut déscolariser tout le monde, ni que l'école ne sert à rien. Nous disons qu'un enfant est équipé pour apprendre, et que le plus beau cadeau qu'on puisse lui faire n'est pas de le remplir, mais de nourrir son élan. C'est pour cela que nos livres ne font jamais la leçon : ils tendent une histoire et un feu, et laissent l'enfant s'en saisir.

Un enfant qui décide, qui essaie, qui se trompe et recommence, c'est exactement ce que raconte Axel.

C'est moi qui décideLe livreC'est moi qui décideDecouvrir le livre ›

Et vous, qu'est-ce que votre enfant a appris tout seul, ces derniers temps, pendant que vous ne regardiez pas ?

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Sources : John Holt, enseignant et auteur (How Children Learn, origine du terme unschooling). Peter Gray, psychologue (The Decline of Play and the Rise of Psychopathology, recul du jeu libre et santé mentale des jeunes). André Stern (Et je ne suis jamais allé à l'école) et le neurobiologiste Gerald Hüther (l'enthousiasme et la plasticité cérébrale).