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Et si, cet été, on le laissait ne rien faire ?

L'ennui et le jeu libre des vacances ne sont pas du temps perdu. Ce que dit la recherche, et pourquoi lâcher un peu de lest rend l'enfant plus vivant, sans tomber dans le laisser-faire.

Juillet 2026 · 6 min

Chaque été, la même petite voix qui souffle : il ne fait rien de ses journées. Il tourne en rond, il traîne, il s'ennuie. Et si c'était exactement ce dont il avait besoin ?

Prenons le temps de retourner la culpabilité. Ce que nous appelons "ne rien faire" est souvent, chez l'enfant, un travail intense et invisible.

Ce qui se passe quand l'enfant s'ennuie

Le psychologue Peter Gray, qui étudie le jeu depuis des décennies, le dit sans détour : le jeu libre est le moyen premier par lequel l'enfant apprend à diriger sa vie, à résoudre des problèmes, à coopérer et à se sentir maître de lui-même. Il note même que le recul du jeu libre, ces dernières décennies, va de pair avec la montée de l'anxiété chez les enfants.

L'ennui, lui, n'est pas l'ennemi. Le Child Mind Institute rappelle que le temps non structuré est associé à de meilleures fonctions exécutives, cette capacité à planifier, à se retenir, à s'organiser. Autrement dit, l'enfant qui s'ennuie est un enfant qui va devoir inventer, décider, se lancer. C'est là, dans ce vide un peu inconfortable, que naît l'initiative.

L'enthousiasme, ce moteur qu'on oublie

André Stern, qui n'est jamais allé à l'école et en a fait une vie pleine, raconte une chose simple : quand on laisse un enfant tranquille, la première chose qu'il fait, c'est jouer. Et le jeu, pour lui, n'est pas un loisir, c'est ce qu'il y a de plus sérieux au monde.

Sa formule préférée tient en un mot : l'enthousiasme. Notre cerveau se développe là où on l'utilise avec enthousiasme. Un petit enfant s'enthousiasme toutes les deux ou trois minutes. Les vacances, ce temps sans cases à cocher, sont précisément l'occasion de laisser cet enthousiasme choisir sa direction.

Mais lâcher la grappe, ce n'est pas tout lâcher

Soyons claires, ce n'est pas un éloge du vide total. Laisser l'enfant respirer ne veut pas dire le laisser seul face à un écran tout l'été. Notre conviction est une troisième voie : la liberté, oui, mais depuis un lien sûr et avec une exigence douce.

Les chercheurs Edward Deci et Richard Ryan ont montré que trois choses nourrissent l'envie d'apprendre : se sentir autonome, se sentir relié à quelqu'un, et se sentir compétent. Ce troisième point est précieux. Un enfant a besoin de progresser, de sentir qu'il devient capable. Le goût de l'effort n'est donc pas l'opposé du jeu, c'est son prolongement naturel quand le sujet le passionne.

Concrètement, cela peut ressembler à ceci :

  • Offrir de vrais temps vides, sans activité prévue, et résister à l'envie de les remplir.
  • Garder à portée de main de quoi nourrir la curiosité : un carnet, des crayons, des livres, un coin nature.
  • Suivre ce qui allume l'enfant, puis l'aider à aller un cran plus loin dans ce qu'il aime déjà. Un enfant fou de dinosaures peut apprendre à lire des noms compliqués, à compter des millions d'années, à dessiner avec précision. L'effort vient tout seul quand le sujet le tient.

Cela suppose une seule chose de notre part : bien connaître son enfant. Savoir ce qui le fait vibrer, pour savoir quand lui tendre une porte, et quand le laisser tranquille.

Un été vivant

Alors cet été, quand la petite voix reviendra, on pourra lui répondre doucement. Non, il ne perd pas son temps. Il joue, il s'ennuie, il invente, il s'enthousiasme. Il fait, à sa façon, le travail le plus sérieux qui soit : devenir lui-même.

Et si on lui glissait un beau livre entre deux parties de cabane, ce ne serait pas pour meubler le vide, mais pour nourrir sa curiosité. C'est tout l'esprit des Petits Vivants : de grandes histoires, posées là, que l'enfant attrape quand il est prêt.