On parle souvent de l'enfant comme d'un adulte en devenir. Un être en chantier, qu'il faudrait former, corriger, préparer. L'infantisme part d'une idée plus simple et plus exigeante : l'enfant est déjà une personne entière. Pas un brouillon de grande personne, pas un projet à finir. Une personne, maintenant, avec sa vie intérieure, ses goûts, sa façon bien à elle de regarder le monde.
Ce déplacement de regard change beaucoup de choses. Surtout dans la façon dont on lui raconte des histoires.
Une personne, pas un public à occuper
Quand on prend l'enfant au sérieux, on cesse de chercher à l'occuper. On lui propose. On lui fait confiance pour comprendre, pour ressentir, pour relier les choses entre elles. Cela ne veut pas dire lui parler comme à un adulte. Cela veut dire ne jamais rabaisser ce qu'on lui transmet sous prétexte qu'il est petit.
Un enfant de cinq ans peut être bouleversé par le courage d'une reine, intrigué par une énigme, ému par un personnage qui a peur comme lui. Il n'a pas besoin qu'on dilue le réel. Il a besoin qu'on le lui donne avec soin, avec de belles images et de beaux mots, à sa hauteur mais sans le diminuer.
De grandes histoires, vraiment
C'est le cœur de notre démarche : porter de grandes histoires jusqu'à l'enfant. De vraies vies, de vraies émotions, de vrais récits. Léonard de Vinci qui n'arrête pas de se poser des questions. Joséphine Baker qui transforme sa différence en force. Une petite fille hypersensible qui apprend que sentir fort n'est pas une faiblesse.
Ces histoires ne sont pas choisies pour faire joli. Elles sont choisies parce qu'elles nourrissent. Charlotte Mason parlait de donner aux enfants des idées vivantes plutôt que des informations mortes. Une idée vivante, c'est une histoire qui continue de travailler dans la tête de l'enfant longtemps après qu'on a fermé le livre.
L'enfant n'est pas un vase à remplir, mais un feu à allumer. Notre rôle est de lui tendre de la belle matière, et de le laisser s'en saisir.
Respecter, c'est aussi faire confiance
Prendre l'enfant au sérieux, c'est croire qu'il peut faire le travail lui-même. On ne lui explique pas toujours la morale d'une histoire. On la lui laisse. On ne souligne pas chaque émotion. On la dépose, et on attend.
Cette confiance a une conséquence concrète dans nos livres. Le texte ne commande pas, il accompagne. Les images ne décorent pas, elles racontent. Et quand on glisse une énigme mathématique en bonus dans une vie romancée, ce n'est pas pour faire travailler l'enfant. C'est pour lui faire le plaisir de chercher, comme le faisaient ceux dont on raconte la vie.
Ce que cela demande de nous
Respecter l'enfant comme une personne, c'est plus difficile que de l'amuser. Cela demande de soigner chaque page, de ne pas tricher avec les émotions, de ne jamais prendre l'enfant de haut. C'est une exigence joyeuse, celle qui nous tient à chaque livre.
Parce qu'au fond, c'est notre conviction la plus simple : les petits lecteurs méritent les grandes histoires.